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1989 : l’expédition Transantarctica

Traverser l'Antarctique d'ouest en est à pied : tel fut le défi sans précédent entrepris par l'expédition internationale Transantarctica il y a près de 30 ans.

Co-dirigée par les explorateurs français Jean-Louis Étienne et américain Will Steger, une équipe de six hommes représentant six nations différentes se mit en route en septembre 1989 pour une longue marche de sept mois dans les conditions les plus extrêmes.

Outre Jean-Louis Étienne et Will Steger, l'équipe était composée du Britannique Geoff Somers, du Soviétique Victor Boyarsky, du Japonais Keizo Funatsu et du Chinois Qin Dahe.

Une planification méticuleuse

Le transport pour la mission, la plus longue traversée de l'Antarctique sans aide mécanique, reposait sur trois éléments-clés : 42 chiens de traîneau entraînés par Will Steger, trois traîneaux et une goélette polaire.

La goélette de 35 m de long, nommée Antarctica comme sa destination, mêlait architecture navale traditionnelle et technologies sophistiquées. Si elle était prise dans la glace, sa coque arrondie était construite pour résister à la pression en glissant sur l'eau gelée. Elle était également conçue pour servir de camp de base et de plateforme de communication pour les explorateurs. La puissance du bateau était assurée par près d'une tonne de batteries Saft et d'un chargeur du même type que ceux couramment utilisé dans les vaisseaux de marine marchande, mais spécifiquement modifié pour satisfaire aux exigences du projet en matière de températures extrêmes.

 

Les experts et les scientifiques étaient concentrés sur des températures de -30 °C. Il s'agissait d'une véritable obsession à l'époque ! Par conséquent, nous avions équipé les batteries d'un électrolyte qui pouvait résister à des températures de -30 °C ou inférieures. Pour nous tous, c'était une mission de sauvetage scientifique

Philippe Ulrich responsable du développement de la batterie SRX « grand froid » de Saft à l'époque, se souvient

L'installation des batteries commença en avril 1989, sur le chantier naval de la Société Française de Construction Navale (SFCN) situé à Villeneuve-la-Garenne (France). Les pièces furent déplacées sur le pont du bateau à l'aide d'un pont roulant, puis abaissées et installées dans la salle des machines, où elles furent disposées autour des moteurs et protégées par un coffre en bois.

Fabriquées à l’usine Saft de Bordeaux, les batteries nickel-cadmium composées d’un électrolyte spécial « grand froid » avaient été développées spécifiquement pour l'expédition. L'une d'entre elles mettait en marche le générateur du bateau, deux autres démarraient le moteur à propulsion diesel, et une quatrième alimentait l'électronique embarquée nécessaire à la navigation et à la transmission.

Philippe Ulrich, responsable du développement de la batterie SRX « grand froid » de Saft à l'époque, se souvient : « Les experts et les scientifiques étaient concentrés sur des températures de -30 °C. Il s'agissait d'une véritable obsession à l'époque ! Par conséquent, nous avions équipé les batteries d'un électrolyte qui pouvait résister à des températures de -30 °C ou inférieures. Pour nous tous, c'était une mission de sauvetage scientifique ».

Le bateau quitta la France en direction de Cuba, puis de Punta Arenas (Chili). En raison du climat politique de l'époque, les États-Unis refusèrent que le bateau n’accoste, car des explorateurs soviétique et chinois étaient à bord. La goélette polaire navigua enfin vers l'Antarctique fin juillet, avec les explorateurs et leurs chiens à bord. L'arrivée sur le continent gelé marqua le véritable début de l'aventure.

L'expédition commence

La traversée transantarctique débuta le vendredi 28 juillet 1989, dans les meilleures conditions possibles : neige dure, belle météo et température clémente de -3 °C. L'équipage avait le moral au beau fixe au début de sa longue marche de sept mois, ravi de démarrer son expédition et d'attirer l'attention du monde entier sur l'Antarctique et son environnement unique.

Cependant, après une semaine, les dangers de ce continent se sont rappelés à son bon souvenir : au bout de 132 km, l'équipage fut confronté à un dangereux champ de crevasses. Le vent se leva, soufflant jusqu'à 125 km/h, soulevant la neige et réduisant considérablement la visibilité. Incapables d'aller plus loin, les explorateurs établirent un campement et restèrent bloqués pendant plus de trois jours.

Une fois la tempête calmée, ils repartirent. Mais après à peine une demi-heure de marche, deux traîneaux glissèrent dans une pente verglacée, échappèrent à tout contrôle et percutèrent un bloc de glace. L'équipe passa le reste de la journée à réparer l'un des traîneaux ; l'autre était irréparable.

Les difficultés se poursuivirent un mois plus tard. À ce moment-là, l'équipe accusait déjà un retard d'une semaine sur le calendrier prévu. En raison de la faible visibilité et de conditions météo médiocres, ils ne furent pas en mesure de trouver une cache qui aurait dû les ravitailler en nourriture. Il s'agissait de l'une des 12 caches réparties le long de leur itinéraire entre la péninsule Antarctique et le pôle Sud. Mises en place à l'avance, elles constituaient la principale solution de ravitaillement pour nourrir les six hommes et leurs chiens au cours d'un si long périple à travers le continent désert.

L'emplacement de chaque cache avait été marqué à l'aide de balises reliées aux systèmes de suivi Argos et Sarsat et alimentées par des batteries lithium Saft, afin que l'équipe puisse les trouver. Mais celle-ci avait été enfouie profondément dans de la neige ayant formé des congères et était inaccessible. Heureusement, un avion Twin Otter fut en mesure de ravitailler l'équipe et lui permit de poursuivre son chemin jusqu'à la prochaine cache.

Les températures oscillèrent entre -27 °C et -40 °C au cours des trois semaines suivantes et les hommes durent patienter plusieurs jours à l'intérieur de leur tente avant que les conditions météo ne s’améliorent. À ces occasions, seul Keizo Funatsu, bien encordé, s'aventurait à l'extérieur pour nourrir les chiens.

Après plusieurs jours difficiles marqués par des pentes raides, des vents violents et une faible visibilité, l'équipe fut soulagée d'arriver sur le site abrité de Patriot Hills en novembre. Là, sur le camp de base Ellsworth, ils trouvèrent un abri, des vivres et de nouveaux équipements, ainsi que des cadeaux et du courrier. Un vétérinaire confirma l'excellente santé des chiens de traîneau et une équipe de tournage les suivit pendant quatre jours pour documenter l'expédition. Ces occupations permirent à l'équipage une pause certes brève, mais bienvenue dans leur isolement habituel.

Au bout de 136 jours d’une marche de plus de 3 000 km, l'expédition Transantarctica atteignit le pôle Sud le 11 décembre 1989. Ils profitèrent de 3 jours de repos bien mérités, puis repartirent pour la seconde moitié de leur périple. Cette fois-ci, les conditions météo étaient meilleures et ils furent en mesure d'avancer beaucoup plus vite.

Un temps plus agréable perdura jusqu'à quelques jours avant leur arrivée sur la côte est. La veille du dernier jour, Keizo Funatsu sortit le soir pour nourrir les chiens comme d'habitude, mais fut surpris par une tempête de neige. Incapable de retrouver son chemin jusqu'aux tentes, il creusa un trou dans la neige et passa toute la nuit dans son abri de fortune. L'équipe ne le trouva pas avant le lendemain matin : il avait froid mais était heureusement sain et sauf.

Enfin, le 3 mars 1990, l'expédition arriva à Mirny, la base soviétique qui marquait la fin de leur traversée entre l'océan Atlantique et l'océan Indien. Jean-Louis Étienne, Will Steger, Geoff Sommer, Victor Boyarsky, Keizo Funatsu et Qin Dahe ont achevé ce qui reste à ce jour la plus longue traversée de l'Antarctique sans aide mécanique.

La réussite de l'équipe était d’autant plus remarquable qu'au début de l'expédition, certains d'entre eux ne parlaient pas anglais, le Chinois Qin Dahe n'avait jamais skié (il en revint en expert), et lui et Victor Boyarsky avaient été choisis au dernier moment par leurs pays respectifs. Les différentes expériences partagées au cours de ce périple donnèrent naissance à une solide amitié entre les six coéquipiers.

Si la longue marche prit fin à Mirny, l'aventure n'était pas complètement terminée, car l'équipe mit à profit l'attention des médias éveillée par leur succès pour sensibiliser le public à l'importance de la protection de l'environnement, notamment en Antarctique. Comme Jean-Louis Étienne le dit, l'Antarctique est « le continent de tous les hommes » : il n'appartient à aucun pays, comme le souligne la nature internationale de l'expédition.

L'aspect multinational fut l'une des raisons pour lesquelles Saft devint un sponsor officiel de Transantarctica, car l'entreprise était et est toujours présente dans chacun des 6 pays représentés. Ce défi extraordinaire avait également illustré certaines des valeurs de Saft : performance, fiabilité et travail d'équipe.

Malgré les difficultés rencontrées en chemin, Transantarctica fut non seulement une réussite technologique en raison de la goélette polaire et d'autres équipements, mais aussi et surtout, un succès humain.